Exposition 1900 (1953)
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Collection Véronique Massarelli Groult
Octave Rebière n'a donc jamais arrêté de peindre, et les quelques tableaux qui nous sont parvenus (ou restés) témoignent d'une inspiration généralement très ciblée, entre paysages marins et vues de la campagne Briéronne. Cette petite oeuvre de 1953 est une notable exception, pourtant:
Et d'ailleurs, ça commence par un petit mensonge... Quoique «petit»... Car ce tableau-gigogne représente en effet une exposition de tableaux, située de façon fictive en 1900 comme en témoignent les tenues des uns et des autres: campés avec simplicité, les trois protagonistes sont de dos, mais on reconnaît si bien la période: la canne du monsieur, avancée par une main gauche volontaire, et son chapeau melon... La robe sobre et jusqu'aux chevilles, qui laisse entrevoir de prudes bottines à boutons, accompagnée d'un chapeau qui lui n'a fait aucun effort pour être sobre... Enfin l'inévitable costume de marin pour habiller un garçonnet: les codes de 1900 sont tous là. Les codes de la mode certes, mais en rien une mode bourgeoise. Le chapeau de madame est sans doute une petite coquetterie, mais le melon? Non, c'est un chapeau, ce sont des bottines, une canne, de tous les jours...
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L'artiste et son épouse (1950), trois ans avant de réaliser ce tableau
Le lieu n'est en aucun cas mentionné, et le mur est d'une austérité exemplaire, juste là pour soutenir un certain nombre de tableaux... Ce qui frappe dans cet exercice de style, c'est précisément le nombre des œuvres, et leur taille. Certes, deux d'entre eux sont un peu plus massifs, mais l'heure est à la modestie! Et tant de tableaux exposés, ça n'est pas très sérieux, n'est-ce-pas. Cette abondance est pourtant l'une des clés de l'oeuvre, qui se devait de représenter, exposés à la curiosité de tous... des tableaux d'Octave Rebière. Pour autant qu'on puisse en juger, ces œuvres pourraient très bien exister, mais toutes ne nous sont pas disponibles aujourd'hui. ...Et elles l'étaient encore moins en 1900! Mais même si elles n'existent pas, elles représentent le type d'images que composait notre aïeul, ces mêmes maisons aux toits de chaume, ces mêmes vues côtières (toujours prises depuis la terre, tournées vers la mer) et ces natures mortes, généralement composées de vases convenablement fleuris...
Les personnages sont inscrits dans le tableau et placés dans la composition d'abord et avant tout pour figurer une famille générique. Mais pour deux d'entre eux cela va un peu plus loin: la dame, représentée dans une attitude centrale, est aux premières loges pour regarder... une nature morte, une composition florale en l'occurrence, son chapeau en devenant en quelque sorte le prolongement. Mais en bonne mère de famille 1900, elle est aussi à même d'avoir remarqué le petit pavillon qui est situé juste en dessous, et qui pourrait bien lui donner quelques envies de confort matériel. Si le fils semble déconnecté, pas vraiment à même de regarder un tableau en particulier, le père en revanche se tient devant un tableau qui représente la grève, et un horizon qui accueille de nombreux bateaux... l'envie d'un ailleurs? Je ne prétends absolument pas, bien sûr, qu'Octave Rebière ait souhaité ici se représenter dans ce personnage, lui qui peignait son univers, un univers somme toute bien proche de chez lui.
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Détails, les trois personnages
On attendrait de ce tableau situé en 1900 de la nostalgie bien compréhensible, pour un homme âgé de 72 ans, qui avait dans les mains le pouvoir de retourner en arrière et de recréer sa jeunesse, car pour Octave, 1900, ce sont ses 19 ans. En lieu et place, il se tourne vers un univers parallèle, dans lequel on l'expose, et abondamment encore! S'il est un maître-mot de ce taleau faussement prétentieux qui montrerait presque un triomphe auquel il n'a jamais eu droit, c'est plutôt l'ironie, une ironie douce et dépourvue de la moinde amertume: le peintre, après tout, ne s'est jamais fait la moindre illusion, et se représenter ainsi en artiste réputé, exposé et visité par les curieux, témoigne bien plus de son humour que d'une quelconque folie des grandeurs! Les trois visiteurs tournent le dos, un procédé qui permet au peintre d'une part de laisser le spectateur du tableau se faire sa propre idée de leurs émotions... et au modeste manieur de pinceaux de ne pas se mettre trop en danger, et c'est sans doute pourquoi d'une part Octave ne peignait généralement que des paysages... ou des gens de dos.
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Un autre tableau-gigogne, plus académique (1953) Coll. Florence Maugendre
Cette inspiration conceptuelle, de créer un tableau-gigogne qui lui permettait d'inscrire visuellement un corpus de son art dans une seule et unique production, était dans l'air à cette époque de sa vie. Retraité, il avait après tout le temps de peindre et de chercher à étendre son champ d'investigation. Ne souhaitant pas se représenter directement (à l'inverse de tant de tant d'autoportraits), il a plutôt opté pour une représentation de son style, de ses cibles de prédilection et donc de son univers... et il a aussi fait un exercice de ce style dans un autre tableau moins brillant, plus académique sans doute, et qui contient dans un cadre différent ce bateau sur la grève qui figure aussi sur celui-ci...
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A gauche, un détail situé dans le tableau qui nous occupe; à droite, le même bateau dans l'autre tableau-gigogne
Bref, manifestation de tendresse pour ses propres tableaux autant que mise en scène très gentiment ironique de sa propre obscurité, cette Exposition 1900 est à n'en pas douter une belle déclaration d'humour à son propre art. On n'est jamais si bien servi...